Une canne, trois techniques

Préambule :   

    Une canne pour trois techniques de pêche à la truite. Je veux parler d'utiliser au cours d'une même partie de pêche une grande canne capable de pêcher avec confort, aisance, et efficacité : au toc, à la dandine, et la pêche aux leurres. Est-ce décemment possible ? Certains puristes vous répondront par la négative, argumentant que chaque canne est conçue pour une utilisation bien précise. Pourtant, je vais en quelques lignes essayer de vous démontrer l'inverse. Partant sur la base d'une canne réglable au toc existante, je vous expliquerai dans un premier temps quels sont ses atouts pour réussir à deux autres techniques qui, de toute façon, n'ont pas à ce jour de cannes longues spécialement dédiées pour les pratiquer, tout simplement parce que cela n'est pas entré dans les mœurs. Ensuite, je vous parlerai de la canne qui pourrait, sans utopie, être fabriquée en série pour pouvoir pêcher avec plénitude les trois techniques précitées.

La (ou les) canne(s) existante(s) : 

    Loin de moi l'idée de faire de la publicité pour telle ou telle canne ou marque de canne. Après ma sortie Cantal de l'année dernière, où j'ai été séduit par la pêche au toc aux appâts naturels, mon objectif était celui-ci : trouver la grande canne, qui en plus de me permettre de pêcher au toc, pourrait satisfaire aux conditions nécessaires pour pratiquer : à la dandine et aux leurres (cuiller, devons-mouche, ou encore poisson nageur). J'ai donc du considérer les critères objectifs de chaque technique.

La pêche au toc :

- Canne légère qui ne doit souffrir d'aucun raccourcissement du scion pour ne pas perdre en sensibilité. Je ne parle pas ici des cannes d'action parabolique qui, de toute façon, sont incompatibles avec toute pêche à la dandine.

La pêche à la dandine ou aux leurres :

- Canne particulièrement sèche, scion raide, poids acceptable (pour les cannes actuelles, en dessous de 400 grammes pour une longueur  inférieure à 6, 70 m), réglable.

 

    Fusionnant l'ensemble de ces critères, il m'a fallu, pour les satisfaire, considérer un brin de polyvalence. Après de longues recherches parmi les produits existants, j'ai jeté, deuxième semestre 2006, mon dévolu sur la Garbolino détaillée ci-après (mais actuellement, il y a en d'autres dont une très bien distribuée par Europêche) et ce, après l'avoir longuement prise en main lors de mes visites dans différents magasins. Et tous mes essais qui suivirent furent à la hauteur de mes espérances avec les qualités, mais aussi  les bémols ci-après évoqués.

Pour la pêche au toc :

    Même s'il semblerait que ce type de canne soit très loin de faire l'unanimité auprès des puristes, il se révèle pourtant qu'il a été conçu à cet effet. Si l'on n'est pas censé croire la publicité, son fabriquant a tout de même écrit ceci à son sujet : ""Une partie de la population des "toqueurs" passionnés voulait depuis longtemps des cannes d'action sèche et de longueur intermédiaire, etc."" On m'oppose souvent le poids (255 grammes pour une longueur maxi de 5, 35 mètres) comparativement à des cannes à à emmanchement à trois ou quatre brins (exemple : une 4, 20 mètres pour seulement 150 grammes). Certes, mais sans vouloir me livrer à de la critique négative (ce qui n'amène jamais rien de bon), je réponds seulement que ceux qui pêchaient déjà à la dandine à la grande canne ne pourront qu'être ravis quand il passeront d'un modèle ancien à dandiner qui n'autorisait pas la pêche au toc, d'un poids avoisinant les 400 grammes (430 grammes pour mon ancienne Garbolino Téléga 400) à celle précitée d'un poids inférieur de 175 grammes !!! Sur ce type de pêche, le seul reproche que je peux lui faire, c'est l'absence d'anneaux intermédiaires sur les plus gros éléments, ce qui pose de gros problèmes lorsqu'il pleut pour empêcher le fil de coller sur le blank.

Pour la pêche à la dandine :

    Mes craintes résidaient dans un défaut de rigidité de l'extrémité du scion. Elles furent grandement dissipées après mes premières utilisations, car même un scion en bout d'environ 2, 2 millimètres de diamètre, autorise, après une petite et nécessaire adaptation, une grande tenue pour l'utilisation d'une monture bohémienne classique avec un casque en laiton ne dépassant pas les 5 grammes. Au delà, c'est un peu juste. Mais considérant que l'utilisation de casques dépassant les 5 grammes est extrêmement rare (larges rivières avec des trous particulièrement profonds), cela ne constitue finalement pas une réelle pénalité . Le seul vrai handicap réside dans la longueur de la canne : 5, 35 m, c'est bien, mais 6 mètres, et même 6, 70 mètres, ce serait tellement plus confortable !!!

Pour la pêche aux leurres, et notamment la cuiller et les devons-mouche :

    Tout fonctionne à merveille si l'on utilise des modèles allant du n° 00 à n° 1. Au delà, le scion se cintre exagérément en traversant un courant soutenu, ce qui altère grandement la qualité de pêche.

 

                                  

 

Et puis le reste ? :

    Et bien oui, il a une importance considérable. Je pense notamment au nylon. En début de saison, le Ritma est garni de 16 centièmes en corps de ligne. Ce diamètre est parfait car il autorise la pêche à toutes les techniques précitées ; ceci en prenant soin d'éliminer après chaque sortie une longueur de fil équivalente pour être large au double de celle de la canne. La saison avançant, je reste maintenant en 16 centièmes pour la dandine et la pêche aux leurres, contre 14 centièmes au toc en sachant que de toute façon, pour cette dernière technique, je ne descends jamais maintenant en dessous du 12 centièmes. Car quelle cohérence dans le discours consistant à affirmer que l'on est un adepte du no-kill si l'on remet à l'eau des poissons complètement fatigués qu'il a fallu travailler pendant très (trop) longtemps parce que le bas de ligne risquait la rupture ? Donc, à méditer ... De ce fait, l'idéal consiste à posséder deux bobines, l'une garnie en 16 (ou 18) centièmes pour la dandine et les leurres, l'autre en 14 centièmes pour la pêche au toc. Et pour ça, le moulinet que je possède est pas mal du tout puisque au fil de son évolution technique, les caractéristiques de la bobine n'ont jamais varié, ce qui fait que la bobine que je possédais de mon moulinet acquis il y a très longtemps  va à merveille sur celui récemment acheté.

Et cette nouvelle canne, comment serait-elle ?

    Avant de parler de cette nouvelle canne, il faudrait d'abord bien s'imprégner de ce nouveau concept de pêche permettant avec une seule canne de passer à l'une ou l'autre des trois techniques au cours d'une même partie de pêche ; ce qui finalement m'arrive maintenant fréquemment avec des résultats qui donnent justement envie de voir naître un produit encore plus adapté.

La longueur tout d'abord : Comme déjà dit, il faudrait que la canne mesure entre 6 mètres à 6, 70 mètres de long avec une possibilité de la régler pour une longueur comprise entre 3, 50 à in fine. Ainsi, cela permettrait de faire face à toutes les situations pour la totalité des techniques de pêche usitées.

Le poids : Les constructeurs peuvent encore faire des efforts. Quelques pistes : l'élément le plus gros avoisinerait une longueur de 1, 6 mètres pour un total de 7 brins. Bien que je ne maîtrise pas tous les paramètres de conception et réalisation d'une canne en carbone très haut module, je pense que le diamètre de section du premier brin pourrait être fortement diminué. Par ailleurs, les autres éléments (caoutchouc, etc.) pourraient être repensés pour gagner encore quelques grammes de telle sorte à ce que l'on puisse arriver à moins de 300 grammes pour une canne de 6 mètres de longueur. A ces fins, on pourrait aussi associer des éléments à emmanchement avec des éléments réglables. On arrive bien à faire des cannes au coup à emmanchement mesurant plus de 13 mètres pour des poids plume, pourquoi cela ne serait-il pas possible pour une canne à demi-réglable ?

Les anneaux : Doivent être en nombre suffisant et très surélevés pour assurer en toutes circonstances une parfaite glisse du fil . D'ailleurs, rien n'empêcherait à mes yeux de placer des anneaux qui coulissent sur les plus gros brins comme cela se fait pour les plus petits.

    Finalement, ça pourrait être la Garbolino HRNT 1667SR réglable de 3, 60 à 6, 70 mètres, équipée de plus d'anneaux pour ne pas que le fil ne vienne à coller sur le blank en cas de pluie, avec un diamètre de section du plus gros brin et un poids (actuellement 380 grammes)  encore réduits, mais surtout, avec la même action sèche que sa petite sœur ci-dessus photographiée.

Conclusion : 

        Un nouveau concept de pêche sortant des sentiers battus qui permet avec une seule canne de s'éviter un mauvais choix de pêche grâce à la pratique interchangeable de plusieurs techniques, ça peut faire sourire et pourtant, c'est diablement efficace et le sera plus encore quand le produit correspondant vraiment à ces attentes existera. Mais nul doute que nos commerciaux, qui viennent de temps à autre visiter le site, se feront un plaisir de se mettre à l'ouvrage pour mettre sur le marché cette canne tant attendue.

   Texte et photographies de Aupetitpec