Comment réussir sa partie de pêche ?

Préambule

     Outre : la technique qu'il faut évidemment un tant soit peu maîtriser, la connaissance des espèces, de leurs moeurs, et des cours et/ou pièces d'eau, la réussite de toute partie de pêche passe indéniablement par le respect de règles simples à appliquer au bord de l'eau. Car ne nous y trompons pas !, les poissons, loin d'être idiots, sont dotés de certains organes notamment visuel et perceptif particulièrement développés leur permettant de détecter rapidement toute anomalie engendrant de facto leur fuite ou leur défiance. C'est ainsi que je vais vous parler de trois critères essentiels à cette réussite que sont à mes yeux : la discrétion, l'observation, la patience, pour clore par ce que l'on appelle "le sens de l'eau". Bien que ce propos soit plus tourné dans ses explications pour une sortie de pêche en rivière, ses grandes lignes prévalent bien sûr pour tout type de pêche en eau douce avec l'adaptation nécessaire. Car quant bien même la maîtrise de la technique serait parfaite, la connaissance des espèces, de leurs moeurs, et des cours ou pièces d'eau, acquises, les chances de réussite seront logiquement obérées par le non respect de ces règles simples.  Bien que le sujet soit intarissable, je vous livre ainsi ces quelques lignes qui n'engagent, bien entendu, que ma petite personne.

Quelques règles simples au bord de l'eau.

La discrétion

    Elle se décline tant dans les déplacements, que dans la prospection proprement dite sur un coup, une coulée, un poste, etc.

    Bien entendu, les déplacements dans l'eau désignés sous le terme "wading" sont les plus délicats car les poissons sont très sensibles aux variations des ondes qui se propagent dans l'élément liquide. Cela peut se vérifier en arrivant un peu trop bruyamment sur une queue de plat où soudainement l'on voit démarrer en trombe un poisson "sentinelle" posté en ce lieu (car il y en a toujours un ...). Alertés, les congénères, toutes espèces confondues, fuient à la hâte (la truite) où se méfient en se déplaçant (le chevesne), et c'est ainsi que l'on a pratiquement réduit à néant l'occasion d'un  joli succès sur le dit plat ou en tête de celui-ci. Alors que faut-il faire ? Tout simplement se déplacer très lentement de façon à engendrer le moins de bruit possible, tel un "sioux" à l'approche de sa proie. Comme le dit Vincent qui se reconnaîtra, marcher discrètement dans l'eau, cela s'apprend. L'idéal, c'est de poser chaque pied en le levant d'avantage qu'en marchant et de ne pas fendre l'eau ce qui engendre d'avantage de remous. Mais la discrétion dans les déplacements ne se résume pas qu'à une affaire de bruit, il faut également choisir dans l'eau la bonne trajectoire pour approcher de la meilleure façon possible le poste à prospecter. Si la projection de l'ombre du pêcheur sur l'eau ne constitue pas spécialement une gêne lorsque les eaux sont hautes, voire légèrement troublées (et encore ...), elle prend toute son importance lorsque les débits sont à l'étiage et les eaux particulièrement claires. Là, vous aurez une nouvelle fois l'occasion de faire l'amer constat d'un joli poisson qui détalle  pour avoir daigné respecter cette recommandation. Tous les déplacements, ne se font pas dans l'eau. En certains lieux, le wading est totalement interdit. Cela obligera donc le pêcheur à pratiquer depuis les berges et là aussi, il faut être discret et avoir du bon sens dans son cheminement. La discrétion en arrivant doucement sur le poste projeté. Le bon sens, en utilisant judicieusement la végétation pour une approche aussi discrète que possible. Cela est d'ailleurs tellement vrai l'été lorsque l'on pêche à la surprise ! Dans cette configuration, même lorsque le wading est autorisé, on a tout intérêt à procéder de la sorte pour surprendre efficacement le poisson recherché. Et la discrétion dans la prospection ? Bien que cela a plus trait à une bonne maîtrise de la technique, il me paraît nécessaire de l'évoquer. J'entends donc par là, qu'il faut autant que faire se peut minimiser le parasitage dans l'action de pêche en évitant de faire des lancers bruyants (ce qui n'est cependant pas toujours la règle pour toutes les espèces) et désordonnés, mais également en évitant tout gestes brusques ou trop amples. 

La discrétion, gage de réussite
La discrétion, gage de réussite.

L'observation

    Critère d'une grande importance, il s'exerce tant sur que dans l'élément liquide, pendant les déplacements que dans la phase de prospection proprement dite. Bien sûr, pour pouvoir exercer une observation avisée, il est utile d'avoir le savoir minimum sur les moeurs et habitudes du poisson recherché. Sur l'eau, on peut observer les gobages pour les espèces concernées, s'attarder sur les insectes volants ou se trouvant en bordure des rives, connaître les fruits de saison (la mûre et la cerise pour le chevesne).  Pour résumer, il s'agit de connaître les différentes proies potentielles susceptibles de tomber à l'eau d'une quelconque façon. Pour la pêche du carnassier, l'activité en surface est un facteur important à surveiller. Quant bien même il n'est pas observé de chasses, il est intéressant de s'attarder à découvrir où la blanchaille s'ébat car selon le respect du principe de la chaîne alimentaire, les prédateurs ne se trouvent jamais bien loin. Je l'ai encore vérifié la semaine dernière par la capture d'un joli brochet au spinner bait en prospectant avec insistance dans un important banc d'alevins placé en un endroit précis de la rivière. En étang, les bourrages remarqués en surface peuvent aussi être un excellent indicateur pour la localisation des poissons de fond. Dans l'eau, et notamment pour les pêches de rivières, il suffit de soulever quelques pierres, de fouiller un peu le sable, ou  encore de regarder dans les endroits où repose un peu de bois mort pour voir quelle sorte de larves s'y trouvent , qui pourront ensuite être utilisées. L'observation durant la phase de prospection est également très importante. Souvent, lorsque je pratique dame mouchetée à la dandinette où à la cuiller à la grande canne, les premières touches me renseignent utilement sur les endroits précis où elle se trouve. Ainsi, sans négliger les autres postes (car il y a heureusement toujours des exceptions à la règle), je m'attentionne d'avantage en ces lieux  généralement synonymes de réussite.   

Mais quels sont les habitants de nos cours d'eau ?
Mais quels sont les habitants de nos cours d'eau ?

La patience

    Si les deux précédents critères nécessitent effectivement une connaissance du poisson, voire de son milieu, celui-ci qui tient au tempérament du pêcheur, peut s'acquérir ou se développer avec de l'obstination et de la persévérance. "Patience et longueur de temps" ... ou encore "tout vient à point à qui sait attendre" disent les dictons. Et Dieu sait s'ils s'avèrent parfois vrais !, car quel bonheur de voir sa patience récompensée quand des touches surviennent après plusieurs heures de prospection ou simplement de l'insistance en un lieu où elle paraissait opportune !!! Car il y a des choses parfois difficiles à comprendre dans le comportement de nos poissons. Pourquoi certains vont se mettre soudainement à mordre à telle heure alors qu'ordinairement cela se passe différemment ! Finalement, cela reste une bonne chose car si tout était aussi certain que les calculs arithmétiques, la pêche n'aurait plus l'attrait et la part de mystère qu'elle comportera certainement toujours.

Savoir être patient conduit souvent à la réussite
Savoir être patient conduit souvent à la réussite.

Et le sens de l'eau ?

    Réussir sa partie de pêche nécessite donc à mes yeux outre la maîtrise de la technique, de la connaissance du poisson recherché, de ses moeurs et de son milieu, le respect de règles simples basées sur le bon sens et l'intelligence dans la persévérance qui pourrait se résumer ainsi : "tout art à sa technique" ; le mot technique étant défini dans le sens le plus large du terme. Pour ce faire, l'homme n'a alors besoin d'aucune notion traditionnelle ou instinctive. J'entends par là qu'il  ne s'agit pas d'un pêcheur né comme certains prétendent l'être, pensant avoir en eux une expérience instinctive de la pêche notamment liée au fait qu'ils aient grandi proche de l'élément naturel qu'ils côtoyaient régulièrement . Pour ma part, je suis effectivement convaincu que certains pêcheurs possèdent bien une forme de don, un instinct plus développé que d'autres, leur permettant ainsi d'aller droit au but dans leur quête, sans nécessairement avoir appris la technique et connaître tout des espèces pêchées et de leur milieu. C'est ce qu'écrit aussi Jean Venesmes dans son ouvrage halieutique imprimé en 1947 sous le titre "Le sens de l'eau" bien que finalement, il préférait se reconnaître dans "l'intelligence" du pêcheur sans pour autant dénigrer ceux qu'il savait posséder ce don divin qu'est le sens de l'eau. Et je me plais par translation à mon propos à rapporter les dernières lignes de son livre : "Si ce petit livre n'a pour effet que de susciter des échanges de vues et des discussions, et même tout simplement de changer l'esprit de quelque débutant et de lui faire entrevoir que pêcher ne consiste pas à lancer n'importe où un leurre, une mouche, ou un flotteur, il aura atteint son but ..." pour vous faire comprendre que la réussite, nonobstant ce fameux "sens de l'eau", qui n'est jamais acquise d'avance, n'est pas seulement qu'une question de technique, connaissance des poissons, de leurs moeurs et de leur milieu, alors je n'aurai pas écrit ces quelques lignes en vain.   

Mais où se cache dame fario ?
Mais où se cache dame fario ?