Comment fabriquer ou remplacer une poignée de canne en liège (quelques idées)

Préambule

     Il ne s'agit pas dans cet article d'avoir la prétention de tout vous expliquer pour fabriquer ou refaire une poignée de canne à pêche en liège, mais de vous donner des axes de réflexion et des idées ; ceux d'ailleurs qui ont prévalus à mes yeux pour substituer une poignée en mousse d'une canne de type Anglaise par une poignée en liège. Avec les détails du bricolage, vous seront livrées mes pensées tendant à l'amélioration du système. Ici, le but de l'opération a été, outre d'avoir une poignée en liège, d'adopter un système de fixation du moulinet qui ne soit pas fixe (bagues) comme l'était celui en place.

La poignée en mousse à remplacer
Ancienne image montrant la poignée en mousse à remplacer

Les différentes étapes de réalisation

                Ôter la poignée en mousse existante : L'opération n'a pas été aussi simple qu'elle pouvait y paraître. Le plus délicat a été d'enlever le porte - moulinet proprement dit grassement collé à l'époxy. J'ai donc utilisé mon mini chalumeau à braser à gaz, équipement indispensable à mes yeux pour le "pêcheur - bricoleur". Ainsi, j'ai découpé au cutter le plastique chauffé pour ensuite l'arracher avec une pince.

Petit chalumeau à braser
Petit chalumeau à gaz à braser à gaz (basse température argent) acquis auprès du commerce Rallo Bruno à CHERVERNY (41)

              Le travail terminé, j'ai utilisé du papier abrasif de différents grains dans un ordre décroissant pour ramener proprement le blank à l'endroit où se trouvait anciennement collée la poignée en mousse.

Blank nettoyé après enlèvement de la poignée en mousse
Blank nettoyé après enlèvement de la poignée en mousse

                 Préparer les bouchons de liège destinés à la fabrication de la poignée : Facile quand on sait (c'est comme tout ...). Faire chauffer une casserole d'eau. Lorsqu'elle arrive à ébullition, y placer les bouchons de champagne choisis. Couper le gaz, puis les laisser mariner jusqu'à complet refroidissement de l'eau. Faire ensuite sécher les bouchons.

                   Préparation et perçage des bouchons : Afin que ces derniers jointent bien à l'assemblage, j'ai limé (grosse râpe à bois pour dégrossir, puis à fer pour adoucir et papier abrasif pour affiner) la partie supérieure conique de chaque bouchon que j'ai ensuite percé au milieu, d'abord avec un premier foret de 4 mm, puis avec un second de 8 mm afin de faciliter le passage de l'outil suivant.

Préparation et perçage de chaque bouchon
Préparation et perçage de chaque bouchon

    Après, à l'aide d'une queue de rat à bois, j'ai débité le liège de chaque bouchon pour arriver au diamètre désiré du blank.

Usinage de chaque bouchon avec une queue de rat à bois

    Compte tenu que la partie du carbone à pourvoir de la poignée était conique (dégressif de 21 à 19 mm), il m'a fallu usiner chaque bouchon aux diamètres correspondants, puis les numéroter afin de pouvoir ensuite les monter dans le bon ordre.

Bouchons usinés
Bouchons usinés prêts à être assemblés

    

Bouchons usinés et numérotés, prêts à être collés sur le blank
Position des bouchons numérotés tels qu'ils viendront se placer à l'assemblage

                   Réalisation du serre-joint : Je me suis inspiré de ce qu'il se vend dans le commerce adapté à la configuration de la canne : 2 tiges filetées diamètre 6 mm, quelques boulons avec écrous et rondelles, et plusieurs morceaux de bois.

Différents ustensiles composant le serre-joint
Ustensiles nécessaires à la réalisation du serre-joint

                   

                    Préparation de la canne pour le tournage de la poignée : Pour pouvoir ensuite ramener la poignée au diamètre voulu avec un joli fini  une fois que celle-ci sera collée, j'ai choisi la solution du tour à abraser. Le diamètre du blank à son extrémité (côté talon) étant de 21 mm et n'ayant pas de perceuse avec un mandrin de la sorte, j'ai opté pour l'emmanchement d'un boulon à coller à l'intérieur du carbone dont la tige filetée s'emmancherait dans la perceuse.

Observations :1°/-  Travail fastidieux parce qu'il m'a fallu d'abord préparer le boulon. 2°/- Travail délicat car un excellent collage doublé d'un centrage impeccable pour une rotation parfaite du blank ne sont pas aisés. J'ai longuement réfléchi depuis à l'amélioration du système afin qu'il soit robuste et précis et n'ai rien trouvé d'autre dans l'immédiat, mais je ne désespère pas ...

Boulon usiné à coller à l'intérieur du blank
Tête du boulon usinée au diamètre intérieur du blank où elle sera ensuite collée après un centrage parfait (l'idéal aurait été de la colle époxy)

 

Collage du boulon à ensuite fixer dans le mandrin
Collage du boulon. Pour défaire, un petit coup de chalumeau suffit

                    Collage de la poignée : Compte tenu de l'importante longueur de la poignée (56 cm), j'ai opté pour un collage en deux fois. Pour ce faire, j'ai d'abord collé l'extrémité extérieure du  premier bouchon avec de la colle de tpe cyanoacrylate. La colle époxy aurait peut être été plus adaptée, mais je n'en disposais pas sur le moment. 

Collage du premier bouchon de la future poignée
Collage du 1er bouchon à ras de la ligature. Le serre-joint est pré positionné pour l'opération suivante

    Après complet séchage du premier bouchon (uniquement de son extrémité extérieure afin qu'il puisse ensuite se compresser lors de l'utilisation du serre-joint), j'ai collé les suivants en procédant de la sorte. Sans faire un travail de "cochon", je n'ai pas lésiné sur les dépôts de colle, tant à l'intérieur de chaque bouchon, que sur ses pourtours. Pour cette opération, il m'a fallu agir très vite en sachant que la cyanoacrylate prend très rapidement. Avant d'utiliser le serre-joint, j'ai vérifié le bon serrage manuel de tous les bouchons entre eux.  Ensuite, je n'ai pas trop serré pour ne pas écraser les bouchons en liège dont l'épaisseur des parois est devenue faible après usinage.

 

Collage de la première partie de la poignée

 

Détail du système de fixation supérieur du serre-joint
Détail du système de fixation supérieur : deux bouts de bois avec deux perçages centraux ouverts. Cela, tout simplement parce que je ne pouvais enfiler sur le blank un seul morceau de bois percé en son milieu en raison de la présence du 1er anneau

  La première partie sèche (j'ai attendu 1 heure), j'ai renouvelé à l'identique l'opération pour la seconde.

Collage de la deuxième moitié de la poignée

 

Détail du système de fixation arrière du serre-joint
Détail du système de fixation arrière

                Tournage de la poignée : Bien que l'opération à deux intervenants (un maintenant et actionnant la perceuse et l'autre procédant au ponçage) se soit bien déroulée, elle peut à mon avis être nettement améliorée si l'on dispose du matériel adéquat. Comme ce n'était pas notre cas, nous avons bricolé un établi de fortune. D'un côté la perceuse avec la tige filetée du boulon collée dans le blank dans le mandrin, et de l'autre, l'utilisation d'un roulement à billes coincé dans un serre-joint traditionnel pour maintenir l'autre côté du carbone.

Tour de fortune (on peut vraiment mieux faire ...)
Schéma général de l'installation

Remarques : Le roulement à billes est trop éloigné de l'extrémité droite de la poignée de la canne car si l'ensemble est excentré en tournant l'amplification sera proportionnelle à la longueur. En utilisant un roulement à billes, je ne pouvais faire autrement car (même si cela ne se voit pas sur la photo) il se trouve placé  juste avant l'anneau de la canne que je ne voulais pas démonter. Une autre solution consisterait à utiliser une planchette avec un perçage central ouvert (comme pour la fixation de la partie supérieure du serre-joint à bouchons) qui permettrait d'occulter l'anneau pour se retrouver non loin de l'extrémité droite de la poignée de la canne.

Détail de la fixation dans la perceuse du blank côté poignée

 

Détail de la fixation du roulement à billes

 

Roulement à billes utilisé pour maintenir le blank
Un bouchon de liège a été utilisé pour adapter le diamètre intérieur du roulement à billes à celui extérieur du blank

    Concernant le ponçage : Si la rotation de la canne est correcte, cette opération se révèle des plus faciles. J'ai d'abord commencé avec la lime à bois pour ramener tous les bouchons au même diamètre. L'ensemble doit tourner ni trop vite, ni trop doucement. L'idéal c'est d'avoir un variateur sur la perceuse. Ensuite, j'ai continué de la sorte pour stopper à 2 mm du diamètre final recherché pour passer à un papier à poncer très grossier (à placer sur une cale assez large car à la main, le ponçage ne sera pas régulier puisque le papier aura tendance à suivre les éventuelles parties convexes et concaves). Tout cela en changeant encore deux fois de  grain de papier pour terminer avec du 800 (on peut utiliser du papier encore plus fin ...). Le résultat a été à la hauteur de mes espérances et c'est ensuite fièrement que nous avons pu installer les bagues et le talon achetés pour parachever le travail après avoir coupé l'excédant de blank restant. Ce n'est quand même pas une finition professionnelle, mais il n'y a tout de même pas trop à rougir !

Poignée de la canne après ponçage

 

Poignée terminée avec bagues et talon posés

Conclusion

    Il s'agit là juste de vous donner quelques idées si d'aventure vous seriez désireux de tenter l'opération qui n'est finalement pas si compliquée que cela à réaliser et particulièrement plaisante. J'ai depuis d'ailleurs refait une poignée pour le moteur du bateau et je dois dire que je me suis régalé. Je vais d'ailleurs bientôt attaquer celle du Super Blactor, lancer léger d'un autre âge qui m'avait généreusement été offert ...

Texte et photographies de Aupetitpec