Ah ! C'qu'on est bien... :

    L’ouverture de la pêche à la truite. Nous l’attendions depuis des mois. « Cela viendra vite » disions-nous avec Arnaud peu après les fêtes de fin d’année, sans trop y croire. Et voilà ! Nous y sommes. En fait c’était hier. Aujourd’hui dimanche nous sommes trois sur le parcours mouche. Nous avons déjeuné sur le pouce de pain et de charcuterie près du pont de bois que nous nommons « le Pont des Bœufs ». Il fait bon, tiède presque. Le soleil s’autorise de larges apparitions entre de gros nuages, noirs mais inoffensifs. Je me suis assis près de l’eau, le dos calé à une vieille souche de peuplier pas pressée de pourrir, pour guetter l’éventuel premier gobage de la saison.

Le Pont des Boeufs

   

    Les eaux sont basses et claires pour une fin de mois de mars et déjà quelques rares beatis rhodani dérivent, minuscules voiliers. L’hiver fut long, non pas rude, simplement froid, mais long. La semaine passée, il gelait encore toutes les nuits et la végétation a pris beaucoup de retard. Le pré derrière moi est encore en pelage d’hiver, feutré. Seules quelques ficaires ponctuent, ici et là, d’une pointe de jaune, les rives du Thérinet.

Ficaire

 

    Nulle cardamine des prés, pourtant abondante en cet endroit de la vallée, n’a encore dressé sa hampe de petites fleurs roses. Aucune pâquerette, pas même un jeune bouquet d’orties n’a daigné honoré le printemps pourtant là… selon le calendrier. Les touffes de joncs elles-mêmes font grise mine au milieu des chardons desséchés de l’an passé.

Touffes de joncs

 

    Sèches aussi les cardères, ces cabarets des oiseaux, dont les gros capitules ovoïdes dansent en haut de leurs longues et robustes tiges dans la brise sur la berge en face.

Cardères

 

    Les peupliers en arrière-plan ressemblent à un alignement d’arbres de Noël avec leurs envahissantes boules de gui.

Peupliers bondés de gui

 

    Une bergeronnette croise au-dessus de l’eau, se pose sur une vieille racine, hoche de la queue et repart en quête d’un brin de paille pour achever la construction de son nid dans une probable anfractuosité de vieux mur. Cela me fait penser que les premières hirondelles ne sont pas encore arrivées. Par contre les colverts sont omniprésents. Trois d’entre eux passent et repassent comme une escadrille d’avions de chasse à l’entraînement. Des poules d’eau caquettent et s’expulsent de dessous les berges à tour de rôle. La conquête d’un territoire est bien bruyante chez ces volatiles. N’eut été cette douceur et l’activité des oiseaux, on se croirait en janvier. Ollivier, assis devant la chute observe le pool. Cent mètres plus haut, devant l’étable de la première ferme du village, Aurélien doit progresser à quatre pattes, de trou de ragondin en trou de ragondin qui minent la berge, à la recherche d’une belle fario en poste. Je ne le vois plus. Pelotonné dans mes waders, ma polaire et ma chemise canadienne à carreaux rouges et noirs, j’ai presque chaud. Oh ! Pas trop chaud. Non ! Je suis bien ! J’aime avoir trop chaud. Je crois bien que j’ai piqué du nez et c’est le pas de Johan venu nous rejoindre qui me réveille.

La saison de pêche a enfin commencé

              Par Marc Méret (que nous remercions), écrivain, pêcheur, amoureux du département de la Creuse, et co-administrateur du site FOUS DE PÊCHE.