La pêche en nymphe à la roulette
Préambule :
16 septembre 2007 : 1ère partie.
Pas meilleure qu'une autre technique bien maîtrisée, la pêche en nymphe à la roulette avec un matériel s'apparentant tant au domaine de la pêche au toc, tant à celui de la pêche à la mouche, est une pratique pleine d'intuition et de subtilités. C'est ce que je vous propose aujourd'hui de découvrir au travers de cet article qui sera publié en plusieurs fois.
la canne et le moulinet :
La canne : Après avoir essayé bon nombre de produits, j'ai jeté mon dévolu sur une canne qui ne se commercialise plus aujourd'hui, sauf pour les fins de stock. Sur ces bases, il vous est permis de négocier son prix qui peut se situer autour de 140 euros pour les moins chères, jusqu'à 210 euros à l'inverse. Il s'agit de la SERT Epéore XPS. A emmanchement (3 brins), pourvue d'une action de pointe remarquable qui permet tant de détecter avec une grande netteté les touches les plus infimes, que des lancers à l'arbalète de haute précision, elle ne pèse seulement que 113 grammes pour une réserve de puissance comprise entre 0 à 5 grammes, ce qui est largement suffisant pour la technique de pêche recherchée. Sa longueur de 11 pieds (3, 30 mètres) sur laquelle sont répartis 12 anneaux SIC, permet de pêcher dans pratiquement toutes les situations, y compris dans les cours d'eau de grande largeur par des lancers de même type que ceux usités pour la pêche au toc ; ceci à la seule condition d'utiliser un nylon très fin (12 ou 14 centièmes maxi) et hautement glissant (vous avez le choix ...).
Le moulinet : Bien sûr, on peut avoir un VIVARELLI ou autre du même concepteur de la canne ..., mais je trouve personnellement que le Ritma 71 de PERLESS BAM fait encore une fois très bien l'affaire. Il ne s'agit juste que d'une petite réserve de fil. Compte tenu que la poignée de la canne est équipée d'un porte moulinet de type canne à mouche, j'ai usiné la patte de fixation du Ritma pour qu'elle s'adapte parfaitement à son nouvel emplacement.
Le montage utilisé :
13 octobre 2007 : Deuxième partie.
Je pense qu'il faudrait plutôt parler "de montages utilisés", n'ayant, à ce jour, pas encore déniché le montage polyvalent fonction, tant de la luminosité, que du grammage de la nymphe. Cependant, voici ce que j'utilise le plus couramment. Il se compose d'un bas de ligne d'environ 50 à 70 cm de longueur, suivi de deux fils de couleur indispensables à la bonne visualisation de la trajectoire de la ligne (et donc de la nymphe casquée) ; le tout relié au corps de ligne.

Pour le bas de ligne, je prends un nylon spécial pêche à la nymphe. Cependant, tout autre nylon pourrait aussi bien faire l'affaire ...
Concernant les fils de couleur, je me sers bien sûr du DTK de chez JMC. Seul problème, il est un peu rêche et de ce fait, casse légèrement le naturel de la dérive. De ce qu'il m'a été dit, il existerait un autre produit plus souple chez MOUCHES DEVAUX que je n'ai pas encore trouvé ...
Chaque fil de couleur mesure environ 15 cm de long. Cette longueur de visualisation totale de 30 cm permet aussi de faire évoluer la nymphe dans des hauteurs d'eau volontairement déterminées en prenant repère à un endroit précis du montage (en pêche normale, en dessous des deux fils de couleur. Dans des hauteurs d'eau plus importantes : au dessus du premier et du deuxième (extrémité basse et haute) fil de couleur). Que ce soit pour lier le bas de ligne à la nymphe ou ce dernier au premier fil de couleur, les fils de couleur entre eux, et le dernier fil de couleur au bas de ligne, j'utilise toujours la technique du noeud dit "micro - boucle" car je trouve qu'outre sa résistance, il place bien les nylons dans l'axe. Cependant, il existe beaucoup d'autres noeuds. C'est comme tout, à partir du moment où on y croit ..., c'est en partie gagné ! Bien sûr, il ne faut pas oublier d'humidifier chaque noeud avant serrage, sinon, le nylon chauffe avec tout ce que cela comporte. Après avoir tiré sur les quatre brins, on coupe les deux brins "morts". Enfin, si le nylon vient à se vriller au cours de la partie de pêche, il suffit de le faire passer plusieurs fois entre le pouce et l'index afin de le faire très légèrement chauffer pour qu'il se redresse.
A mon goût, l'idéal, c'est de placer le nylon rouge juste au dessus du corps de ligne jaune fluo pour contraster au maximum les couleurs de l'ensemble bas de ligne - corps de ligne.
Si ce montage pose des difficultés au niveau de la visualisation, on peut rajouter petit un guide fil sur les deux nylons de couleur, ...
... ou encore directement sur le corps de ligne.
Personnellement, je n'utilise pas de guide fil parce que je pense qu'il casse d'avantage la dérive naturelle du montage. Enfin, on peut aussi supprimer l'utilisation des fils de couleur ou/et du guide fil en plaçant deux brins de laine d'une couleur distincte et bien marquée directement sur le corps de ligne, et à des hauteurs différentes. Ce type de montage (non photographié ici) est particulièrement intéressant lorsque l'on utilise de toutes petites nymphes casquées (bille de 2 mm de diamètre pour hameçon n° 18) parce qu'il permet d'obtenir, en rapport au poids de l'ensemble, des dérives les plus naturelles et parfaites possibles pour tromper nos poissons préférés.
Le stockage des bas de ligne montés :
Soit, vous êtes riche et vous achetez des plioirs en mousse dans le commerce, soit vous utilisez des bouchons de liège de bouteilles de champagne, matériau qui une fois de plus encore montre toute son utilité. Ici pour enrouler des bas de ligne pour la pêche aux appâts naturels.
Les nymphes casquées utilisées :
Vous ne trouverez pas de fiches de montage dans cet article. Vincent en avait publié une qui peut servir de base pour la réalisation de la grande majorité de nymphes casquées. Ou alors, il faut vous rendre sur le forum où un article pas à pas va être publié. Ensuite, il ne s'agit que d'une question d'observation au bord de l'eau qui, il faut le reconnaître, peut parfois prendre assez de temps afin de trouver le modèle qui convienne parfaitement, à moins d'avoir la chance de connaître un local pêchant à cette technique qui aura la gentillesse de vous livrer quelques petits secrets, bien que cela soit encore une autre paire de manches ...
Sinon, et de façon très loin d'être exhaustive, il faut retenir ceci :
- deux grands types d'hameçons, les droits à hampe longue et les courbés sur lesquels j'écrase systématiquement l'ardillon et vous invite à en faire autant ; ceci pour ne pas abîmer le poisson et le relâcher dans les meilleures conditions possibles. Personnellement, j'utilise principalement les B100 et les B401 de KAMASAN et les équivalences dans les autres marques (à ce propos, voir l'excellent tableau réalisé sur le site Internet EURO-FLY).
- Billes tungstène de :
- 3, 5 mm de diamètre pour hameçons n° 12 ;
- 3 mm de diamètre pour hameçons n° 14 ;
- 2, 5 mm de diamètre pour hameçons n° 16 ;
- 2 mm de diamètre pour hameçons n° 18.
Autres matériaux : plumes de faisan, de paon, coq, etc., dubbing naturel ou Antron pour plus de brillance, soie de montage 8/0 JMC en différents coloris, tinsel, fil de cuivre ou de plomb, etc.
Voilà quelques unes de mes réalisations (et aussi une paire de Vincent que je salue). Peu nombreuses, elles me permettent cependant de me faire énormément plaisir de partout où je pratique. Je rajoute enfin que dans des rivières très puissantes ou lorsque les niveaux sont hauts, j'utilise des nymphes à double bille qui fonctionnement à merveille parce qu'elles permettent de passer au plus près du fond !!!
La technique de pêche :
4 décembre 2007 : Troisième de dernière partie.
La tenue de la canne :
Différentes postures sont possibles, l'essentiel étant que la canne se trouve sensiblement inclinée selon un angle d'un peu moins de 45°. Certains (comme moi) préfèreront avoir le bras collé contre le corps (repère n° 1) avec le pouce placé au dessus du liège (repère n° 2) pour moins se fatiguer (et aussi éviter les tendinites !!!).
D'autres préfèrent garder cette même posture (repère n° 1), mais avec l'index placé au dessus du liège (repère n° 2).
D'autres encore, notamment ceux qui pêchent avec des fouets de 9 pieds, préfèrent allonger le bras et l'avant bras dans le prolongement de la canne, ce qui permet notamment de lui donner plus de longueur. Cependant, cette pratique mérite un réel entraînement sinon les risques d'exposition aux tendinites sont réels.
Au final, je vais écrire qu'à chacun sa position, pourvu qu'il se sente bien et que l'angle précité soit sensiblement respecté pour une meilleure évolution de la nymphe.
Le blocage du nylon :
Personnellement, je le fais serpenter entre l'index, le majeur, l'annulaire et l'auriculaire ; ceci pour accroître la perception tactile. Je n'utilise donc pas ma main gauche (que je positionne dans mon dos), si ce n'est pour faire de longs lancers en saisissant le fil entre le 1er et le deuxième anneau de la canne.
La façon de pratiquer :
A mon goût, et bien entendu lorsque cela est possible, je me positionne bien face au courant à pêcher pour lancer 1/3 en amont, et suivre la dérive sur les 2/3 tiers aval, permettant ainsi de couvrir un angle total de 90°. En fin de dérive, ou suivant l'humeur des poissons, il m'arrive de freiner légèrement cette dernière afin de provoquer un mouvement ascendant de la nymphe, comme ci elle montait à la surface dans sa phase de transformation.

Ensuite, j'essaie autant que possible de faire dériver la nymphe juste à la verticale du scion ; cela pour une pêche plus juste. Quand c'est impossible pour des raisons multiples, je procède à de longues dérives en laissant d'avantage de bannière au nylon mais sans perdre le contact avec la nymphe. La dérive du repère n° 1 est classique. Celle du n° 2 est complémentaire de façon fréquente. Enfin, celle du n° 3 est largement moins usitée.

Les différents lancers :
- Par dessus la tête : très pratique lorsque le cours d'eau est dégagé. Soit en "fouettant", soit en saisissant le nylon entre le 1er et le 2ème anneau pour permettre de faire tout en douceur de longs, voire très longs lancers ;
- En balançoire : c'est à dire sous la canne, à condition que la nymphe soit équipée d'une bille diamètre 3 millimètre qui facilite le lancer et/ou, qu'il n'y ait pas trop de vent ;
- A l'arbalète : excellent type de lancer pour les endroits très encombrés. Il demande cependant de d'entraînement.
Une dérive de type repère n° 2 où le fil bicolore se remarque dans le cercle rouge.
Ensuite, il est très important que ce soit la canne qui suive constamment le déplacement de la nymphe portée par le courant, et non pas l'inverse parce que cela provoque une dérive anormale décelée par les poissons les plus méfiants.
L'évolution de la nymphe :
C'est toute la difficulté, car passant trop près du fond, elle s'accroche en permanence, et trop haut dans la couche d'eau, les poissons ne viennent pas nécessairement la "chercher". Elle doit donc être naturellement emportée juste au dessus du fond comme c'est le cas des insectes aquatiques extraits de leurs habitats naturels. Outre le fait de savoir dans quelle veine d'eau se trouve la nymphe, le fil bicolore (ou guide fil, ou encore brin(s) de laine) permet également de connaître et de régler la profondeur à laquelle on souhaite faire évoluer l'imitation.
La touche :
Pour le pêcheur néophyte à cette technique, ou celui qui passe de la pêche en dérive naturelle à cette dernière et qui a l'habitude de ferrer après le fameux "toc", c'est certainement le plus difficile à percevoir. Pour parler simple, il s'agit simplement de ferrer lorsqu'une anormalité dans la dérive est constatée. Il peut s'agir de l'arrêt du nylon, d'un déplacement de celui-ci, d'une petite "tape", etc. Au fil de ses sorties, l'intuition et l'instinct prennent à mon avis une place importante et parfois on ferre avec réussite en se demandant après coup quelle sensation avait pu motiver le ferrage. D'ailleurs, celui-ci doit être immédiat sitôt l'anormalité constatée, sinon, et dans la majorité des cas, le poisson recrache très vite après avoir découvert la supercherie de l'imitation.
Quant au choix de l'imitation, penchez vous d'abord dans le cours d'eau pour voir ce qu'il recèle au niveau des insectes aquatiques. Sur ses bases, vous pourrez déjà faire un choix de coloris ou de larve. Ensuite, observez bien la surface de l'eau pour voir s'il y a des gobages. Si tel est le cas, vous donnerez une légère animation à la nymphe pour faire croire à sa remontée dans son processus de transformation. En période d'étiage, choisissez de toutes petites imitations montées sur des billes de 2 millimètres de diamètre. Et puis, si tout cela ne marche pas, il faut faire des essais. Parfois, cela peut durer assez longtemps avant de trouver la nymphe du bonheur. Je me souviens cet été lors de ma sortie avec Jeff, alors que je lui avais prêté ma canne, j'ai mis un sacré temps à trouver une imitation qui marchait en sachant que je n'avais pas d'autre exemplaire de celle avec laquelle il pêchait. Remarquez que le temps que je m'essayais à trouver le sésame, j'ai passé de délicieux moment à regarder mon ami Belge à capturer en suivant et sous mon nez une kyrielle de blancs et de mouchetées !

En espérant que ce petit article diffusé en trois parties, que je dédie à mon camarade Vincent qui m'a fait découvrir cette technique, vous permettra de vous faire plaisir au bord de l'eau. Et surtout, n'oubliez pas d'écraser l'ardillon et de relâcher vos poissons. La pêche moderne de loisir doit être pratiquée comme un véritable sport dans une communion avec la nature qui nous permet, par les captures et les relâchés faits dans de bonnes conditions, de pouvoir inlassablement contempler les robes des superbes poissons qui peuplent nos cours d'eau et qu'il nous faut protéger pour patrimoine naturel. Enfin, un lien sur le forum pour une fiche de montage de ma pheasant tail qui a été publiée entre les deux dernières parties du présent article.
Texte et photographies de Aupetitpec