Bannière no-kill

   

    Depuis quelques années déjà se développe de plus en plus le "no-kill", que l'on pourrait encore appeler "le capturé - relâché", c'est à dire d'attraper un poisson par pur plaisir pour le remettre à l'eau  dans l'espoir souvent inavoué de le capturer de nouveau. Les adeptes de cette pratique se rencontraient principalement dans les domaines de la pêche à la mouche ou de la carpe. Par ailleurs, la presse halieutique écrite et audiovisuelle s'en fait largement l'écho au point que certaines revues refusent la publication de clichés montrant des poissons photographiés ailleurs que sur leurs lieux de pêche.

 

 

    A l'origine, la pêche constituait une source d'alimentation, voire de survie, qui s'est transformée depuis quelques années en un loisir pour une grande majorité de pratiquants. De ce fait, on peut donc affirmer qu'il n'est actuellement plus justifiable de garder ses prises.

    Je dois avoir le courage d'écrire ce qu'il suit : dans ma jeunesse, je pensais que tout était éternel, c'est à dire que les truites peupleraient nos cours d'eau pour l'éternité. Sur ces pensées insouciances et totalement erronées, je gardais donc l'intégralité de mes captures dans le respect de la réglementation. Puis, doublée à la fragilité de l'écosystème, l'idée avait fait son chemin, me faisant changer ma façon de pratiquer en ne conservant que quelques poissons par ci, par là, et pour lesquels j'avais d'ailleurs relevé significativement la taille légale de capture pouvant aller jusqu'à 10 cm en deçà.

    Mais ma remise en question ne s'est finalement pas arrêtée là, ayant de plus en plus de difficultés et de remords à sacrifier ces splendides animaux. C'est ainsi que depuis trois ans maintenant, je pratique un "no-kill" intégral et totalement propre ; intégral parce que je relâche toutes mes captures, et propre parce que je me suis astreint à respecter quelques règles simples de nature à garantir leur survie dans les meilleures conditions possibles. Ainsi, et sans que la liste soit exhaustive :

 

 

- j'utilise dorénavant uniquement des hameçons avec ardillons écrasés ;

- je ferre quasiment à la touche ou à l'instinct pour certaines techniques ;

- je ne monte plus de bas de ligne trop fins (principalement du 12 centièmes sans jamais descendre en dessous du 10 centièmes ) pour éviter d'éterniser des combats qui affaiblissent totalement les captures ;

- je me sers désormais systématiquement d'une épuisette (raquette) qui apporte un grand confort au titre de la préservation des poissons pour  : éviter de les sortir de l'eau en sachant qu'outre le temps passé à l'air libre, la pose sur tout sol engendre le plus souvent des lésions oculaires irréversibles tout en ôtant une partie du mucus protecteur du corps ;

- pour la raison précitée, je me mouille systématiquement la main avant de toucher tout poisson, qu'il peut aussi m'arriver de ré-oxygéner suite à des combats difficiles ou lorsque la température de l'eau est plus élevée.

 

 

    Au final, j'ai compris aujourd'hui que l'expression "aller à la pêche" ne signifiait plus capturer et garder ses poissons pour la table, mais passer d'excellents moments dans cette nature où j'ai tant de plaisir à m'y retrouver, ne serait-ce que pour écouter le bruit du vent dans les feuillages, entendre le murmure de l'eau et le chant des oiseaux, me délecter de la vue de ces cours d'eau magnifiques, de la faune et de la flore aquatique et terrestre qui les entourent.

 

 

D'ailleurs, au moment où j'écris ces quelques lignes, je me peux m'empêcher de penser à nouveau à cette superbe éclosion de plécoptères  vue avant hier sur un très joli petit cours d'eau creusois.

 

 

    Pur clore, pratiquer une "pêche responsable et intelligente" avec pour panier mon seul appareil photographique numérique dans un écosystème fragilisé où tout un chacun doit s'interroger et agir s'il ne veut pas qu'il disparaisse à tout jamais en entraînant dans sa chute celle de l'espèce humaine qui en est sa cause.

 

      

    Texte et images de Aupetitpec